L'arrivée du commandant Matthew Calbraith Perry au Japon en 1853 est l'un des événements les plus marquants de l'histoire moderne japonaise. Cette rencontre entre l'Occident et le Japon a provoqué des bouleversements majeurs qui ont transformé la société japonaise, sa politique et ses relations internationales. À une époque où le Japon vivait en quasi-autarcie sous la politique du Sakoku (fermeture du pays), l'arrivée des navires noirs de Perry a symbolisé la fin d'une ère et le début d'une période de modernisation accélérée.
Contexte historique : Le Japon avant Perry
Avant l'arrivée de Perry, le Japon était sous le régime du shogunat Tokugawa, un système de gouvernement militaire qui dominait le pays depuis le début du XVIIe siècle. Ce régime avait instauré une politique de fermeture stricte, connue sous le nom de Sakoku, interdisant tout contact commercial ou diplomatique avec l'étranger, à l'exception de relations limitées avec la Chine et les Pays-Bas. Cette politique visait à protéger le pays de l'influence étrangère, en particulier de la colonisation occidentale et de l'évangélisation chrétienne.
Toutefois, au milieu du XIXe siècle, l'équilibre mondial était en pleine mutation. Les puissances occidentales, notamment les États-Unis, cherchaient à élargir leurs routes commerciales, particulièrement en Asie. La marine américaine souhaitait établir des relations commerciales avec le Japon, un pays jusqu’alors très mystérieux pour les Occidentaux.
L'arrivée de Perry au Japon
Le 8 juillet 1853, Perry, alors commodore de la marine américaine, arriva avec une flotte de quatre navires de guerre, souvent appelés les "navires noirs" (Kurofune), dans la baie d'Uraga, près d'Edo (aujourd'hui Tokyo). Cette démonstration de force visait à forcer le Japon à ouvrir ses ports au commerce international. Perry était porteur d'une lettre du président des États-Unis, Millard Fillmore, qui demandait au Japon de lever sa politique de fermeture et de permettre le ravitaillement des navires américains, notamment ceux qui naviguaient vers la Chine.
L'arrivée de ces puissants navires à vapeur a profondément choqué les Japonais, qui n'avaient jamais vu une telle technologie. Les "navires noirs", avec leurs cheminées crachant de la fumée noire, étaient une vision terrifiante pour une population habituée aux navires traditionnels à voiles. Le gouvernement du shogunat, surpris et peu préparé à faire face à une telle situation, a d'abord hésité à répondre aux exigences de Perry.
Perry, conscient de l'impact psychologique de sa présence, refusa de quitter la baie tant qu'il n'avait pas remis la lettre de Fillmore aux représentants japonais. Finalement, il remit la lettre au gouvernement du shogunat et partit en promettant de revenir l'année suivante pour obtenir une réponse définitive.
Le retour de Perry et le traité de Kanagawa
Comme promis, Perry retourna au Japon en février 1854, accompagné d'une flotte bien plus imposante au nombre de 8 bateaux. Son retour pressa encore plus le Shogunat à négocier et suite à de nombreux échanges tendus, le traité de Kanagawa fut signé le 31 mars 1854.
Ce traité marqua la fin de l'isolationnisme de l'île, entrainant l'ouverture des ports de Shimoda et Hakodate aux navires américains. De plus, le traité garantissait la protection des marins américains s’échouant sur les côtes japonaises et l'établissement permanent d'un consulat américain au Japon.
Bien que le traité de Kanagawa était plus limité en termes de possibilités comparé aux précédents, il s’agissait du premier pas vers la réintégration du Japon dans les relations internationales. Ceci permit également a de nombreux traités de voir le jour, tel le traité d'amitié et de commerce avec les États-Unis en 1858, ce qui offrit bien plus de privilèges aux pays étrangers.
Les conséquences pour le Japon
L'arrivée de Perry et la signature du traité de Kanagawa ont officiellement mis fin à la politique de Sakoku, qui avait duré plus de deux siècles. Cette ouverture forcée a mis fin à l'isolationnisme du Japon et a initié une nouvelle ère de contacts avec l'Occident. Bien que les Japonais aient initialement tenté de limiter l'influence occidentale, ils ont rapidement compris qu'ils ne pouvaient pas arrêter le flot d’interactions avec le monde extérieur.
L'une des conséquences les plus profondes de l'arrivée de Perry fut le déclin progressif du shogunat Tokugawa. Le régime était de plus en plus perçu comme incapable de protéger le pays contre les menaces étrangères, ce qui a conduit à un mécontentement croissant parmi les samouraïs et les daimyos (seigneurs féodaux). En 1868, moins de deux décennies après l'arrivée de Perry, le shogunat fut renversé lors de la Restauration de Meiji, qui rétablit le pouvoir impérial sous l'empereur Meiji.
La Restauration de Meiji a marqué le début d'une période de modernisation rapide du Japon. Le pays a adopté des technologies et des systèmes politiques occidentaux, réorganisé son armée, et engagé un processus d'industrialisation qui allait transformer le Japon en une puissance mondiale en l'espace de quelques décennies.
Le traité de Kanagawa et les traités suivants signés avec d'autres puissances occidentales étaient souvent qualifiés de traités inégaux. Ils accordaient des privilèges économiques et juridiques importants aux étrangers, tout en limitant la souveraineté du Japon. Par exemple, les étrangers jouissaient de l'extraterritorialité, ce qui signifiait qu'ils n'étaient pas soumis aux lois japonaises.
Ces traités inégaux ont suscité une grande frustration au sein de la population japonaise et ont alimenté le sentiment nationaliste qui a accompagné la modernisation du pays. Ce nationalisme croissant, combiné à la modernisation militaire, a finalement conduit à l'expansion impérialiste du Japon à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Les conséquences pour le reste du monde
L'ouverture du Japon a également eu des conséquences majeures pour les puissances occidentales, en particulier pour les États-Unis, qui ont renforcé leur présence en Asie. Le Japon est rapidement devenu une base stratégique pour le commerce avec la Chine et d'autres régions d'Asie de l'Est.
Pour les autres nations occidentales, l'ouverture du Japon a marqué la fin de l'un des derniers bastions de résistance à l'influence européenne et américaine en Asie. Cela a contribué à renforcer l'idée que l'Occident dominait les affaires mondiales au XIXe siècle.
Comment visiter les sites liés à Perry aujourd'hui
Pour ceux qui souhaitent en apprendre davantage sur l'histoire du commandant Perry et de son arrivée au Japon, il existe plusieurs sites historiques à visiter, tel Uraga, où Perry a accosté en 1853, abrite aujourd'hui des monuments commémoratifs et des musées qui retracent cette rencontre historique. La région est accessible en train depuis Tokyo.
La ville de Shimoda, l'un des ports ouverts par le traité de Kanagawa, offre également de nombreux sites historiques, notamment des musées et des bâtiments liés à la période d'ouverture du Japon.
Ces sites permettent aux visiteurs de revivre l'un des moments les plus importants de l'histoire moderne japonaise.
Conclusion
L'arrivée du commandant Perry au Japon en 1853 a marqué un tournant décisif dans l'histoire du pays. Cet événement a non seulement mis fin à plus de deux siècles d'isolationnisme, mais a également ouvert la voie à une transformation radicale de la société japonaise. En quelques décennies, le Japon est passé d'un pays féodal et fermé à une puissance mondiale moderne et industrialisée.
L’impact de cette rencontre entre l'Orient et l'Occident continue d'influencer le Japon d'aujourd'hui, et la mémoire de cet événement est encore vivante à travers les monuments et les récits historiques. Pour comprendre le Japon moderne, il est essentiel de revenir sur cette période charnière qui a façonné le destin du pays.
Perry Road : Localisation