L’ascension du mont Fuji : histoire, traditions et conseils pratiques

Le mont Fuji (富士山, Fujisan) domine le paysage japonais du haut de ses 3 776 mètres. Plus haut sommet du Japon, il est à la fois un repère géographique majeur, un symbole national et une montagne profondément associée à l’histoire religieuse, culturelle et artistique du pays.

Gravir le Fuji ne consiste donc pas uniquement à atteindre son sommet. Depuis plusieurs siècles, la montagne occupe une place particulière dans la culture japonaise, entre pèlerinage, pratiques religieuses, contemplation de la nature et recherche de dépassement personnel.

Aujourd’hui, l’ascension du Fuji attire des visiteurs venus du monde entier pendant une saison estivale relativement courte. Mais derrière les sentiers, les refuges et les infrastructures modernes se trouve une histoire beaucoup plus ancienne, dans laquelle la montagne était considérée comme un espace sacré et son ascension comme une démarche spirituelle.

Une montagne sacrée au cœur de la culture japonaise

Le mont Fuji est vénéré depuis des siècles. Sa forme imposante, son isolement dans le paysage et son activité volcanique ont contribué à lui donner une dimension particulière dans les croyances japonaises.

La relation au Fuji s’est construite autour du shintoïsme et du bouddhisme, deux traditions qui ont longtemps coexisté dans la pratique religieuse japonaise. La montagne était considérée comme un lieu où résidaient des divinités et des êtres bouddhiques, et où l'homme pouvait rechercher une forme de purification et de transformation spirituelle.

Dans le shinto, plusieurs sanctuaires liés au Fuji sont notamment consacrés à Konohanasakuya-hime, divinité associée au volcan et à la floraison des cerisiers. Les sanctuaires Sengen, présents autour de la montagne, jouent encore aujourd’hui un rôle important dans le culte du Fuji.

À partir du Moyen Âge, des pratiques de pèlerinage et d'ascension se développent. À l'époque d'Edo, les Fuji-kō, groupes de pèlerins consacrés au culte du Fuji, rendent ces voyages beaucoup plus populaires. Des itinéraires sont aménagés, des refuges apparaissent et différents lieux situés autour de la montagne deviennent des étapes du pèlerinage.

Cette histoire explique pourquoi l'ascension du Fuji a longtemps été considérée comme bien davantage qu'une randonnée.

Quand les femmes n’avaient pas le droit de gravir le Fuji

L'histoire du mont Fuji est également marquée par une longue période durant laquelle les femmes n'étaient officiellement pas autorisées à atteindre son sommet.

Cette interdiction s'inscrivait dans une pratique connue sous le nom de nyonin kinsei (女人禁制), littéralement « interdiction aux femmes ». Plusieurs montagnes sacrées japonaises appliquaient autrefois ce principe, notamment dans le contexte des traditions religieuses de la montagne.

Sur le Fuji, les femmes devaient traditionnellement s'arrêter à une certaine altitude et poursuivre leur vénération de la montagne à distance. Dans le secteur de Yoshida, un monument situé vers la deuxième station rappelle notamment l'ancien point jusqu'auquel les femmes pouvaient monter.

Mais cette interdiction n'a jamais été absolue dans la pratique.

Certaines femmes ont réussi à gravir le Fuji avant son abolition officielle. L'un des exemples les plus célèbres est celui de Tatsu Takayama, une pratiquante du Fuji-kō qui atteignit le sommet en 1832. Des sources historiques indiquent qu'elle aurait utilisé une tenue masculine pour contourner l'interdiction.

En 1867, Fanny Parkes, épouse du diplomate britannique Harry Smith Parkes, gravit également le mont Fuji. La Bibliothèque nationale de la Diète considère son ascension comme probablement la première ascension du Fuji par une femme étrangère. Son passage provoqua d'ailleurs des discussions sur l'accès des femmes japonaises à la montagne.

L'interdiction officielle est finalement abolie en 1872, au début de l'ère Meiji. Une proclamation gouvernementale ordonne alors la suppression des interdictions visant les femmes dans de nombreux sanctuaires et montagnes.

Cette évolution marque une rupture importante dans l'histoire du Fuji : la montagne commence progressivement à passer d'un espace essentiellement religieux et soumis à des règles traditionnelles à un lieu également associé à l'alpinisme et aux loisirs.

Une montagne devenue patrimoine mondial

La dimension culturelle du mont Fuji ne s'arrête évidemment pas à sa dimension religieuse.

La montagne est représentée dans l'art japonais depuis des siècles. À partir de l'époque d'Edo, sa silhouette devient un motif particulièrement important dans les peintures, les estampes, la littérature et les arts décoratifs.

Les œuvres de Katsushika Hokusai, notamment Trente-six vues du mont Fuji, ont joué un rôle majeur dans la diffusion de l'image du Fuji dans le monde. Ses représentations, ainsi que celles d'autres artistes comme Utagawa Hiroshige, ont également exercé une influence importante sur l'art occidental au XIXe siècle.

En 2013, le mont Fuji est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom de « Fujisan, lieu sacré et source d'inspiration artistique ».

L'inscription ne concerne donc pas uniquement la montagne elle-même. Elle reconnaît un ensemble de sites comprenant notamment des sanctuaires, des lieux de pèlerinage, des auberges historiques et plusieurs éléments naturels associés au culte du Fuji.

Les traditions liées à l’ascension

Les anciennes ascensions du Fuji étaient profondément liées à la purification et au pèlerinage.

Avant de commencer leur parcours, les pèlerins pouvaient notamment effectuer des rites de purification dans les sources et les cours d'eau situés au pied de la montagne. L'eau occupait une place importante dans ces pratiques, comme en témoignent les différents sites de purification associés au patrimoine du Fuji.

Les pèlerins progressaient ensuite à travers différentes zones de la montagne : les espaces herbeux du bas, les forêts puis les pentes volcaniques plus élevées.

L'ascension pouvait se terminer par le Ohachimeguri, un parcours autour du cratère sommital. Cette pratique consistait à effectuer le tour du sommet et de ses différents lieux sacrés.

Une autre tradition demeure particulièrement présente dans l'imaginaire contemporain : celle du Goraikō (御来光), le lever du soleil depuis les hauteurs du Fuji.

De nombreux randonneurs commencent leur ascension pendant la nuit afin d'atteindre les environs du sommet avant l'aube. Lorsque le soleil apparaît au-dessus de l'horizon, la lumière révèle progressivement les montagnes et les plaines environnantes.

Pour les pèlerins d'autrefois, cette expérience possédait une dimension religieuse. Aujourd'hui, elle constitue aussi l'un des moments les plus recherchés de l'ascension, même si sa signification varie selon les visiteurs.

Les quatre itinéraires vers le sommet

Il existe aujourd'hui quatre principaux itinéraires permettant d'atteindre le sommet du mont Fuji : Yoshida, Subashiri, Gotemba et Fujinomiya.

Les quatre sentiers commencent à des altitudes différentes et présentent chacun leurs propres caractéristiques en matière de distance, de dénivelé, de fréquentation et de nombre de refuges.

  • Le sentier Yoshida

Situé du côté de la préfecture de Yamanashi, le sentier Yoshida est le plus fréquenté.

Il dispose de nombreuses infrastructures et d'un nombre important de refuges, ce qui explique notamment sa popularité auprès des visiteurs arrivant de Tokyo.

C'est également l'itinéraire sur lequel les restrictions d'accès sont aujourd'hui les plus importantes.

  • Le sentier Subashiri

Le sentier Subashiri commence plus bas que Yoshida et traverse d'abord une zone forestière avant de rejoindre les pentes supérieures du Fuji.

Il rejoint ensuite le sentier Yoshida dans la partie supérieure de la montagne.

  • Le sentier Gotemba

Le parcours de Gotemba commence à une altitude relativement basse et présente donc le dénivelé le plus important.

Il s'agit du plus long des quatre itinéraires principaux. En contrepartie, il est généralement moins fréquenté.

  • Le sentier Fujinomiya

Le sentier Fujinomiya commence à l'altitude la plus élevée des quatre itinéraires.

La distance jusqu'au sommet est donc plus courte, mais la pente est également plus importante. La longueur réduite du parcours ne signifie donc pas nécessairement qu'il est plus facile.

Le choix du sentier dépend ainsi de la condition physique, de l'expérience en montagne, du temps disponible et du type d'expérience recherché.

Quand gravir le mont Fuji

Le mont Fuji n'est pas une montagne que l'on peut gravir dans les mêmes conditions toute l'année.

Les itinéraires menant au sommet sont officiellement fermés en dehors de la saison d'ascension. Les autorités japonaises rappellent que gravir le Fuji hors saison est extrêmement dangereux en raison notamment de la neige, de la glace, des températures et des vents pouvant être rencontrés en altitude.

En 2026, la saison officielle varie légèrement selon les itinéraires :

  • Yoshida et Subashiri : du 1er juillet au 10 septembre

  • Fujinomiya et Gotemba : du 10 juillet au 10 septembre

Les dates peuvent être modifiées en fonction des conditions météorologiques et de l'état des sentiers.

Pour une ascension classique, il est donc essentiel de vérifier les informations officielles avant de se rendre au Fuji.

Une altitude à ne pas sous-estimer

Le mont Fuji est parfois présenté comme une montagne relativement facile parce qu'il ne nécessite pas de compétences techniques d'alpinisme dans des conditions estivales normales.

Cette perception peut cependant être trompeuse.

À 3 776 mètres, le Fuji est suffisamment élevé pour que le mal aigu des montagnes puisse affecter certains randonneurs. La fatigue, les maux de tête, les nausées ou les vertiges peuvent apparaître avec l'altitude.

Il est donc préférable de progresser à un rythme régulier, de boire suffisamment et de ne pas chercher à accélérer inutilement l'ascension.

Une nuit en refuge permet également de répartir l'effort lorsque l'itinéraire est organisé sur deux jours.

En cas de symptômes importants ou d'aggravation de l'état physique, il est préférable de redescendre plutôt que de poursuivre vers le sommet.

Que faut-il prévoir

Même au cœur de l'été, les conditions météorologiques au sommet du Fuji peuvent être très différentes de celles rencontrées à Tokyo.

Les températures peuvent être proches de zéro degré et le vent peut considérablement accentuer la sensation de froid.

Il est donc recommandé de prévoir plusieurs couches de vêtements, une veste imperméable et coupe-vent, des gants et un couvre-chef.

De bonnes chaussures adaptées à la randonnée en montagne sont indispensables. Une lampe frontale est également nécessaire pour toute personne prévoyant une ascension nocturne.

Il est également conseillé d'emporter suffisamment d'eau et quelques aliments énergétiques. Des points de ravitaillement existent le long des itinéraires, mais les prix augmentent avec l'altitude en raison des difficultés logistiques liées à l'approvisionnement.

Les règles actuelles d’accès au mont Fuji

Les conditions d'accès au mont Fuji ont évolué ces dernières années afin de limiter la surfréquentation et d'améliorer la sécurité des randonneurs.

En 2026, les quatre itinéraires sont soumis à un droit d'accès de 4 000 yens par personne. Ce système a remplacé l'ancien dispositif de contribution volontaire destiné notamment à la conservation de la montagne. (Fujisan Climb)

La voie Yoshida applique également des restrictions spécifiques. En 2026, l'accès est limité à 4 000 personnes par jour, hors personnes disposant d'une réservation dans un refuge, et l'entrée est interdite entre 14 h et 3 h, sauf pour les personnes séjournant en refuge.

Du côté de Shizuoka, les voies Fujinomiya, Gotemba et Subashiri appliquent également des règles concernant l'accès nocturne et la préparation des randonneurs. Pour ces itinéraires, l'entrée entre 14 h et 3 h nécessite notamment une nuit en refuge.

Ces règles étant susceptibles d'évoluer d'une année à l'autre, il est préférable de consulter le site officiel avant toute ascension.

Respecter la montagne

Le mont Fuji est à la fois un environnement naturel fragile et un lieu culturel majeur.

Les randonneurs doivent rester sur les sentiers, ne pas laisser de déchets et respecter les infrastructures ainsi que les autres visiteurs.

La question de la préservation est devenue particulièrement importante avec l'augmentation considérable du nombre de visiteurs. L'inscription du Fuji au patrimoine mondial implique également de trouver un équilibre entre l'accès du public et la conservation de ses qualités naturelles, spirituelles et paysagères.

Gravir le Fuji implique donc aussi de comprendre que l'on traverse un paysage qui possède une histoire bien plus ancienne que celle du tourisme contemporain.

Depuis Tokyo : comment rejoindre le mont Fuji

Pour les visiteurs séjournant à Tokyo, plusieurs solutions permettent de rejoindre les différentes portes d'entrée du mont Fuji.

Le secteur de Yoshida est notamment accessible en bus depuis Tokyo et Shinjuku jusqu'à la 5e station de la ligne Fuji Subaru, pendant la saison d'ascension.

Il est également possible de rejoindre la région de Fujisan en train, puis de poursuivre en bus jusqu'au point de départ de l'itinéraire choisi.

Les horaires et les possibilités de transport varient selon la saison. Il est donc préférable de vérifier les horaires avant le départ et de prévoir suffisamment de temps pour la montée comme pour la descente.

Le mont Fuji, entre pèlerinage et randonnée

L'ascension du mont Fuji représente aujourd'hui un défi physique, mais son histoire rappelle qu'elle n'a jamais été uniquement une question de performance sportive.

Pendant des siècles, les pèlerins ont gravi cette montagne dans un contexte religieux. Les sanctuaires, les anciennes routes, les pratiques de purification et les rites associés au sommet témoignent encore de cette histoire.

L'évolution du statut des femmes constitue également un épisode révélateur de cette transformation. Une montagne autrefois soumise à des règles religieuses strictes est devenue progressivement un lieu accessible à tous, puis une destination internationale de randonnée.

Le Fuji reste pourtant plus qu'un simple sommet.

Sa silhouette a façonné une partie de l'imaginaire japonais, inspiré des générations d'artistes et joué un rôle important dans l'histoire religieuse du pays. C'est précisément cette combinaison entre nature, spiritualité, histoire et art qui explique son importance culturelle.

Gravir le Fuji permet ainsi de découvrir la montagne sous un angle différent de celui offert par les nombreux points de vue de la région. Il ne s'agit plus seulement de regarder le Fuji, mais d'en parcourir les pentes et de comprendre pourquoi cette montagne occupe une place si particulière dans l'histoire du Japon.

Informations officielles

Les dates d'ouverture, règles d'accès, conditions météorologiques et informations de sécurité pouvant changer chaque année, consultez le site officiel avant votre ascension.

Localisation

 
Suivant
Suivant

Hakone : Un joyau naturel et culturel aux portes de Tokyo